| Session extraordinaire de lAssemblée Générale de lOnu Genève:26-30 juin 2000
Interventions de la délégation algérienne |
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Sommaire
Sommet social de Genève : 26 au 30 juin 2000 LOnu a ouvert lundi 26 juin à Genève un sommet, présidé par le Président de la Namibie et consacré aux questions sociales dont léradication de la pauvreté. Durant cinq jours, il sagira, pour les chefs d'état et de gouvernement et autres représentants des états membres de lOnu, d'évaluer le parcours accompli depuis le sommet de Copenhague qui avait, pour la 1ere fois dans l'histoire de l'humanité, élevé le développement social au rang de préoccupation universelle, visant l'élimination de la pauvreté extrême, la promotion du plein-emploi, et l'intégration sociale, fondée sur le respect et la protection des droits de l'homme. Au vu des résultats, les objectifs de Copenhague sont loin davoir été réalisés et la situation sest même aggravée dans lhémisphère sud de la planète où la famine et les maladies sont devenues endémiques. A lorigine de cette situation, léchange inégal instauré par le colonialisme qui au lieu de disparaître, sest développé avec de nouveaux paramètres liés aux évolutions dans le monde. Les politiques dajustement structurels imposées par les institutions financières mondiales et la mondialisation ont même élargi la pauvreté aux pays émergeants, léconomie, selon les théoriciens du nouvel ordre mondial, ne devant être appréhendée que par des scores et des chiffres, laissant de côté les questions sociales. A louverture de ce sommet, qui sest déroulé sous le thème " le développement social pour tous à lheure de la mondialisation ", M Kofi Annan secrétaire général de lOnu, qui a présenté un rapport intitulé un " monde meilleur pour tous ", co-signé par les organes internationaux soccupant du développement tels la Banque mondiale et le fonds monétaire international, a reconnu, rejoignant ainsi les pays en développement, que, pour que la croissance économique soit durable et bénéficie au plus grand nombre, il faut investir dans les êtres humains, leur santé, leur éducation et leur sécurité et que le bien être social et le bien être économique ne sont pas des notions distinctes. La conférence de lOnu devrait adopter une déclaration politique réaffirmant la volonté de la communauté internationale de lutter contre la pauvreté avec lobjectif de la réduire de moitié dici 2015 et le sommet de Genève devrait avancer des mesures pour que la mondialisation ne devienne pas lennemi du développement social. Il devrait tout au moins, inciter les plus riches des Etats membres de lOnu, à consacrer au moins 0,70 % de leur produit national brut (PNB), à laide publique au développement, au lieu de 0, 22 actuellement et réaffirmer le souhait de réduire voire supprimer la dette des pays les plus pauvres, évaluée par le G8 (les pays les plus industrialisés plus la Russie), en 1999, à 214 milliards de dollars pour les 41 pays les plus pauvres, dont la plupart sont en Afrique . LAlgérie qui assure la présidence de lOUA, est représentée à ce sommet, par M. Noureddine Boukrouh, ministre de la PME/PMI, qui a prononcé une allocution au nom de l'Algérie au cours de cette session Parallèlement à la session de lassemblée générale de lOnu, le ministre de la Pme/Pmi participera au forum de Crans-Montana en qualité de représentant spécial du Président de la République et prononcera en son nom un discours en séance plénière inaugurale.. Cette XI eme session annuelle du forum réunira du 28 juin au 2 juillet 2000 de nombreux chefs d'état et de gouvernement ainsi que des représentants d'organisations internationales pour se concerter avec les décideurs du monde économique sur les grandes préoccupations de la communauté internationale en ce début du XXI eme siècle. Rappelons que M. Noureddine Boukrouh, a pris part le 26 juin 2000 à l'ouverture des travaux du séminaire sur le partenariat des villes contre la pauvreté organisé à l'initiative du Pnud, en collaboration avec la ville de Genève, et a prononcé une allocution à cette occasion. En marge de ces rencontres internationales M. Boukrouh doit avoir des entretiens officiels avec un certain nombre de responsables gouvernementales des pays représentes à ces manifestations.
A l'Assemblée Générale extraordinaire de lOnu: Monsieur le Président, Messieurs les Chefs dEtat, Messieurs les Chefs de Gouvernement, Messieurs les Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs, Permettez-moi tout dabord dadresser au nom de la délégation algérienne, mes sincères remerciements aux autorités helvétiques, et à leur tête M. Adolf Ogi, Président de la Confédération, pour les efforts quils ont déployés à leffet dassurer le succès de cette rencontre exceptionnelle. Je ne manquerai pas de saisir cette occasion pour exprimer toute notre satisfaction à lendroit de M. Théo Ben Gurirab, Président en exercice de la 54ème AG/ONU, qui dirige avec professionnalisme nos travaux, et féliciter par la même, les autres membres du bureau pour leur élection méritée. Je voudrais également macquitter au nom de lAlgérie dun devoir, celui de rendre un hommage particulier à M. Koffi Anan, Secrétaire Général de lONU, et à travers lui à toute la famille du système des Nations Unies qui, par la convocation dune telle session, réaffirment le rôle de pionnier de notre Organisation et son engagement en faveur dun nouveau paradigme du développement. Monsieur le Président, Cinq années se sont écoulées depuis le Sommet Mondial sur le Développement Social de 1995, qui a, pour la première fois dans lhistoire de lhumanité, élevé le développement social au rang de préoccupation universelle. Ce développement à visage humain sappuie sur des valeurs dont luniversalité ne cesse de saffirmer chaque jour. Le respect de la dignité humaine, la bonne gouvernance, léquité et la participation, sont autant déléments dune nouvelle réalité qui gagne inexorablement du terrain partout dans le monde. Si lon ne peut que se réjouir de cette formidable avancée, notamment dans la prise de conscience quant à lurgence que revêtent les grands problèmes sociaux de lheure, il nen demeure pas moins que les résultats des évaluations à mi-parcours des différents conférences et sommets mondiaux, sont loin dêtre satisfaisants. Au titre des progrès enregistrés au niveau global, la prise de conscience universelle de la dimension sociale du développement économique constitue le plus grand acquis. Cest cette prise de conscience qui a permis que des efforts en direction des secteurs sociaux et des populations les plus démunies se soient intensifiés. Et si, un peu partout dans le monde, une amélioration de certains indicateurs sociaux sest opérée, comme lespérance de vie, lalphabétisation, la mortalité infantile ou encore laccès aux services sociaux de base, il reste que ces progrès sont insuffisants et demeurent en deçà des objectifs du Sommet de Copenhague. Cette modeste évolution est cependant très inégale entre pays et régions du monde, et la différentiation traduit en fait un creusement des inégalités dans les niveaux de développement culturel et technique, ainsi que dans les conditions de vie entre pays du Nord développés, et pays du Sud en voie de développement. Une évolution moins favorable encore est également observée pour dautres aspects du développement social : augmentation du chômage, élargissement de la pauvreté et des inégalités, persistance de conflits locaux ou régionaux. La mondialisation et la libéralisation du commerce et des flux de capitaux conçues et organisées par les pays développés en fonction dabord de leurs propres intérêts, ont davantage handicapé les économies du Sud :
Ces aspects négatifs pour les pays en voie de développement, mais aussi pour léconomie mondiale, ont été aggravés par une baisse constante de lAide Public au Développement, alors que les besoins nont cessé dévoluer à la hausse, et par un changement de sa répartition, qui sest réalisée au détriment des pays les moins avancés. Le fardeau de la dette et de son service sest alourdi, amenuisant davantage les ressources pouvant être consacrées au développement social. Il est vrai quune évolution récente sest opérée sur la question et que des initiatives ont été prises en vue de son allégement. Néanmoins, tout en soulignant le caractère positif de lattitude des pays créanciers, les conditionnalités accompagnant la mise en uvre de ces initiatives réduisent souvent leur portée. Cette évolution du contexte économique mondial a affecté de façon particulière lAfrique, notamment subsaharienne :
Monsieur le Président, La décennie qui vient de sécouler a été la période la plus difficile de la jeune histoire de mon pays. Aux graves conséquences sociales induites par des réformes en profondeur visant la transformation du système économique à gestion centralisée, en système à régulation par le marché, sest ajoutée la terrible épreuve dun terrorisme aveugle et destructeur. Cette complexité exceptionnelle de la situation économique et sociale a nécessité de gros efforts pour contenir la dégradation des conditions de vie de la population dont des pans de plus en plus larges sont guettés par le chômage, la pauvreté et lexclusion sociale. Il a fallu un vaste ressaisissement national, exprimé par le référendum sur la concorde civile de septembre 1999, pour que se rétablissent la paix civile et la sécurité, préalables à toute développement économique durable et à toute démocratie stable. Parallèlement, et en accompagnement des réformes économiques engagées avec la participation de la Banque Mondiale et du FMI, laction sociale de lEtat, sest renforcée, conduisant au rétablissement et à la consolidation des équilibres du système de sécurité sociale qui concerne plus de 80 % de la population, ainsi que son élargissement par linstitution dun dispositif assurance-chômage destiné à faire face aux conséquences de la restructuration du secteur économique. Une Conférence Nationale consacrée à la politique sociale sera convoquée sous le haut patronage de Monsieur le Président de la République en octobre 2000 et aura à définir les contours et les objectifs dune stratégie de développement social conforme aux indications contenues dans la Déclaration et le programme daction de Copenhague. Monsieur le Président, Avant de terminer mon propos, je voudrais préciser quen dépit des résultats mitigés que lévaluation du Sommet de Copenhague révèle, nous ne nous empêchons pas pour autant de nourrir lespoir de voir les retards accusés rapidement comblés. LAssemblée du Millénaire, prévue à New-York en septembre prochain, constituera un rendez-vous à ne pas manquer pour réaffirmer la volonté de la Communauté Internationale en faveur dun nouvel ordre mondial, dans lequel les nouvelles générations pourront entamer le nouveau millénaire, libérées du spectre de la faim, des maladies, et de toutes formes de conflits et de violences. Enfin, nous sommes convaincus que seule une démarche collective, concertée et solidaire de la Communauté Internationale, serait à même de faciliter lavènement dun tel ordre. Je vous remercie de votre attention.
- Au séminaire : Partenariat des villes sur la lutte contre la pauvreté urbaine Genève, le 26 juin 2000 Messieurs les Ministres Messieurs les Ambassadeurs Messieurs les Maires Honorables Invités Je voudrais tout dabord adresser nos sincères félicitations au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ainsi quà la ville hôte de Genève pour cette excellente initiative dorganiser ce Séminaire sur la lutte contre la pauvreté urbaine dans le contexte de la Session Spéciale de lAssemblée Générale des Nations Unies. Je voudrais en même temps exprimer notre satisfaction de voir ici rassemblés des représentants de municipalités de tous les continents pour donner suite aux recommandations des Forums de lAlliance Mondiale des Villes contre la Pauvreté organisées à Lyon en octobre 1998, à Alger en juin 1999 et à Genève en avril 2000. Je vous remercie de mavoir invité à prononcer une allocution à loccasion de vos travaux que vous avez judicieusement centrés sur les divers partenariats à promouvoir et à développer pour lutter plus efficacement contre la pauvreté urbaine. La pauvreté urbaine a un aspect particulier. On peut être pauvre en milieu rural, on ny est jamais inadapté ou exclu en raison de la force des liens familiaux et sociaux. Mais la pauvreté dans les villes ajoute la solitude et lexclusion au manque de travail, de logement et de soins. Vous vous attaquez donc à un problème crucial du siècle à venir en raison de lurbanisation croissante de la planète. Dans moins dune année, à laube du nouveau millénaire, une révolution urbaine sannonce : pour la première fois dans lhistoire de lhumanité, la moitié de la population mondiale vivra dans les villes. Ce phénomène saccélère et lAfrique considérée comme le continent le moins urbanisé aura deux tiers de sa population urbanisée à lhorizon 2020. Une grande partie de ces populations na pas accès aux services sociaux de base, par manque dinfrastructures et de ressources. Dès lors, votre responsabilité délus municipaux, proches des populations, saccroît car désormais il faudra faire mieux avec moins, en sachant discerner les besoins prioritaires, faire des économies et contrôler strictement les dépenses, voire trouver de nouvelles sources de financement. Cela sappelle la bonne gouvernance. Votre rencontre interpelle, à juste titre, la politique des Etats dès lors que lon traite de lemploi, de la fiscalité locale à même de compenser les charges accrues des villes, de lattention à apporter à la santé, à léducation, et aux problèmes sociaux en général. Cette rencontre interpelle également la communauté internationale dont laide multilatérale au développement a dramatiquement régressé ces dernières années. De même que, connaissant la relation entre endettement et pauvreté, la responsabilité des pays industrialisés et des institutions financières internationales pour réduire le poids de la dette des pays en développement et prendre en compte le droit des peuples au développement dans le traitement de cette dette, reste entière. La sagesse est de conjuguer dans chaque pays les efforts de lEtat, des municipalité et de la société civile, en sappuyant en même temps sur la coopération régionale et internationale, au plan bilatéral et multilatéral. Dans ce cadre là, la coopération ville à ville ou la contribution des organisations non gouvernementales et des associations peuvent, grâce à leur souplesse daction et à leur capacité dinnovation apporter un précieux concours aux pouvoirs locaux. Jai relevé avec beaucoup dintérêt dans le programme de ce Séminaire la place essentielle de la société civile dans cette mobilisation de la société. Ceci mamène à vous encourager à rechercher des solutions concrètes aux problèmes sociaux qui se posent en terme de nécessité et durgence et duvrer tous ensemble pour une planète libérée de la pauvreté et plus solidaire, dans un contexte de mondialisation aveugle aux souffrances des peuples. Je voudrais souligner ici et maintenant lintérêt et la reconnaissance de gouvernement algérien pour le rôle important de lAlliance Mondiale des Villes contre la Pauvreté du PNUD dans le combat contre la pauvreté et lexclusion sociale en milieu urbain notamment en Afrique à travers ses actions de sensibilisation et de mobilisation. Léchange dexpériences, la promotion de partenariat et le développement de la coopération décentralisée, dont la préparation de la présente rencontre constitue une brillante illustration. Pour marquer cette reconnaissance, le gouvernement algérien a décidé, depuis la conférence des maires africains organisé à Alger en conjonction avec le dernier Sommet de lOUA, de parrainer cette Alliance en laidant à renforcer la coordination de son réseau à partir du Bureau du PNUD à Genève. Nous voulons exprimer par cette contribution lengagement de lAlgérie dans la concrétisation de la Décennie Internationale pour lElimination de la Pauvreté (1997 2006) instaurée par lAssemblée Générale des Nations Unies. En conclusion, je voudrais vous souhaiter un plein succès à vos travaux, étant persuadé par avance que votre engagement et votre action pour éradiquer la pauvreté urbaine dans le monde auront une résonance favorable dans le contexte de la présente Session Spéciale de lAssemblée Générale des Nations Unies. Je vous remercie. 28 juin 02 juillet 2000 Prononcé par M. Noureddine BOUKROUH Ministre de la PME/PMI Représentant Spécial de Son Excellence M. Abdelaziz BOUTEFLIKA
Jai linsigne honneur de représenter ici Son Excellence Monsieur Abdelaziz BOUTEFLIKA, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, qui vous exprime ses regrets de navoir pu honorer personnellement linvitation qui lui a été adressée, mais qui a néanmoins tenu à vous adresser le message que je vais avoir le privilège de lire devant vous.
Monsieur le Président, Messieurs les Chefs dEtat, Messieurs les Chefs de Gouvernement, Messieurs les Ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs les participants, Le 03 Avril dernier, Son Excellence Monsieur Koffi ANNAN exposait devant lAssemblée Générale de lOrganisation des Nations Unies un PLAN DACTION POUR LE XXIème SIECLE et annonçait la tenue dun SOMMET DU MILLENAIRE en septembre prochain à New-York, où les Etats membres viendraient débattre de la manière de gouverner ENSEMBLE le monde de demain, celui de la mondialisation. Une profonde relation me semble exister entre lidée généreuse qui a inspiré le PLAN DACTION proposé par le Secrétaire Général des Nations Unies, et les préoccupations qui ont dicté le choix du thème de ce Forum : " XXIème SIECLE, LA GESTION DES INCERTITUDES ". Cette relation me réconforte car elle me laisse penser que la mondialisation nest pas perçue, à ce haut niveau de réflexion et de responsabilité, comme un mouvement de lHistoire qui va être vécu avec enthousiasme par les uns et résignation par les autres, mais comme un projet exaltant que lhumanité est ainsi appelée à conduire et à gérer collectivement. Ce qui manquait précisément à ce concept, surtout lorsquil est appréhendé sous la version qui en a été donnée par les écoles de management américaines où il est apparu au début des années 80 (globalization), cétait dêtre saisi comme autre chose, comme quelque chose de plus quun simple concept commercial, quune stratégie mondiale de vente, quune compétition pour la conquête de nouveaux marchés qui réduirait les politiques nationales à la dimension de segments dapplication et de courroies de transmission. Cest que depuis quelques décennies, la pensée économique sest comme rabougrie pour devenir une pensée soumise à la seule obligation de résultats commerciaux. Il est vrai que cest depuis longtemps que la notion lumineuse de " civilisation " a été remplacée par la rêche notion de " développement ", que lidée de " progrès " a cédé la place au terme " croissance " que mesure un taux dérisoire, et que les nations ne sont plus regardées quà travers les " avantages comparatifs " quelles peuvent présenter à la compétition internationale. Aujourdhui, la compétitivité risque dêtre aux peuples ce que la sélection naturelle selon Darwin a été aux espèces révolues, avec la réserve que la première nest pas, comme la seconde, une loi de la nature, mais une règle posée par les hommes, une règle qui nélimine pas seulement les " faibles " et les " mauvais " sur le long terme, mais aussi les " moins forts " et les " moins bons " en des délais fulgurants. A des peuples issus de complexes culturels et mentaux qui nont pas sécrété des valeurs philosophiques comme défi prométhéen, le sens tragique, ou la volonté de puissance, ni des valeurs économiques comme lutilitarisme, le libéralisme ou le management, on demande de décliner leurs avantages comparatifs et de localisation comme on décline son identité au seuil dune entrée gardée, de se mettre immédiatement à niveau, de se désarmer douanièrement, de se recentrer sur leur " métier de base ", dêtre leader dans quelque chose, et ce pour devenir éligible à la vie dans la nouvelle économie et le nouveau monde. Un monde nouveau pour des peuples anciens que la nature, le climat, le hasard de la géographie et les agressions coloniales ont défavorisés et affaiblis, et quune mondialisation non maîtrisée excluerait définitivement de la vie moderne. La moitié de lhumanité vit aujourdhui avec moins de deux dollars par jour, plus dun milliard de personnes vivent avec moins dun dollar par jour et, selon une étude récente du FMI sur les progrès accomplis dans le monde entre 1900 et 2000, lactuel index de développement humain (IDH) de lAfrique subsaharienne serait égal à celui de lEurope en 1870. Un autre paramètre permet de mesurer lexclusion du continent africain : sur les 644 milliards de dollars dIDE réalisés en 1998, lAfrique nen a reçu que 1,2% soit moins de Singapour. Pourquoi vouloir produire toujours plus et mieux, pourquoi chercher à innover en permanence, pourquoi aspirer, par la médecine et le génie génétique à prolonger la durée de la vie, si la technologie aboutit à la disqualification des hommes, si laccroissement des richesses dans une région engendre la pauvreté dans une autre, si, dans la comptabilité mondiale, lhomme est considéré ici comme une ressource, et là comme une charge ? Prises au pied de la lettre, appliquées systématiquement, la religion du business et la logique darwinienne qui la sous-tend finiront par chasser lhomme du travail, et il ne restera alors des peuples qui composent notre monde que les groupes et les individus " économiquement viables ". Fuite en avant sans perspective dun monde où lhomme est devenu inutile, où le culte de lefficacité et la logique de la productivité imposent un modèle sans but humain ni finalités morales, où les budgets consacrés à la recherche militaire et aux technologies de destruction ABC (atomiques, biologiques et chimiques) sont incommensurablement plus importants que ceux consacrés à la vie et à son épanouissement, et dont les seuls stocks actuels suffisent pour détruire plusieurs milliers de fois la planète. La mondialisation ne saurait reposer sur le seul principe de compétitivité sans nuire à long terme à lintérêt de lespèce. Elle doit signifier synergie à léchelle du genre humain tout entier, mise en réseau des nations, combinaison de leurs facteurs de succès et de leurs idées, et constitution, à partir des apports de chacun, dun gigantesque capital. Cest alors quelle ouvrirait des perspectives de vie inédites et exaltantes à tous les hommes, et deviendrait un idéal commun. La mondialisation naura de sens concret que si elle impliquait lensemble de la communauté internationale qui serait son cadre et son support, en même temps quelle lui fournirait des fins et ses moyens. Elle apparaîtrait alors comme laboutissement dun processus commencé il y a six mille ans, et la réalisation dun rêve aussi vieux que le monde, celui de lunité du genre humain, dun genre humain tant de fois échaudé par les tentatives dunification par la sujétion et la domination dont est parsemée lHistoire, mais qui, à peine sorti dune expérience tragique, se met de nouveau à rêver, à rêver encore et toujours de lavènement dun monde unifié et pacifié. LEurope peut être citée ici en exemple. A lorée du troisième millénaire, le vieux rêve semble être devenu de lui-même une réalité. Nous voilà en situation de pré-fédération, nous voilà désormais devenus un petit village planétaire, communiquant les uns avec les autres à la vitesse de léclair, nous regardant les uns les autres via le satellite, achetant et vendant par Internet. Le décor qui nous entoure, le cadre dans lequel nous vivons, la révolution des télécommunications et de linformatique, nous ont mis en condition dunification. Seules nos anciennes représentations culturelles, nos idées politiques, les pulsions de domination encore enfouies dans notre inconscient sinscrivent en faux contre cette tendance jamais démentie de lHistoire, contre cette masse de faits qui nous submerge et nous indique le chemin à suivre. Il est établi que les hommes consentent difficilement à changer de paradigmes, et quils sont portés à juger le futur avec les critères du passé. Nous sommes capable de sonder lespace infini, de percer les mystères du vide sidéral, de dupliquer les espèces, mais pas de nous départir de nos anciens schémas mentaux, de nous libérer de nos préjugés et de nos préventions. Ce qui sépare aujourdhui les hommes, ce sont moins les idéologies que laccès à légalité des chances. Dans cette même ville de Genève, Rousseau écrivait il y a près de trois siècles : " puisque aucun homme na une autorité naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorité légitime parmi les hommes ". Les problèmes qui se posent aujourdhui aux nations ne peuvent plus trouver leur traitement et leur satisfaction dans le seul cadre national. Ils requièrent une approche globale et une gestion universelle. Le droit international repose sur le principe de la souveraineté des Etats, mais il est devenu patent que des mécanismes doivent être trouvés pour que, sur la base et partant de ce principe intangible, des questions comme celles du terrorisme, de la cybercriminalité, de leau, de lair, de lespace, etc, soient traitées selon une approche internationale. La nécessité dun droit international élargi aux domaines non encore couverts, et le besoin dune éthique à léchelle du monde sur laquelle il reposerait, se font ressentir pour accompagner et encadrer la mondialisation, car tandis que les Etats déréglementent et concèdent des pans entiers de leurs anciens pouvoirs régaliens, il ne sest pas formé dautorité régulatrice et modératrice à léchelle de la planète, capable détablir, un peu à lexemple de lOMC, des règles de jeu acceptées de tous. Un pouvoir darbitrage agissant au nom et pour le compte de la communauté internationale dans son ensemble devrait être mis en place au sein dune Organisation des Nations Unies réformée et adaptée aux conditions du monde nouveau dans lequel nous sommes déjà engagés. Les marchés nationaux nont plus de sens, et cest pourquoi les zones de libre-échange, les regroupements régionaux, les unions douanières et monétaires peuvent être considérés comme des étapes, des jalons et des itinéraires de convergence sur la voie complexe de la mondialisation, non pas seulement des marchés, mais de la gestion du devenir humain dans sa globalité. De grands ensembles régionaux se sont déjà formés ou sont en voie délargissement : lensemble Euro-méditerranéen (Union européenne + PECO + les 12 pays méditerranéens du processus de Barcelone), lAFTA (ou ALENA), lAPEC (Asia Pacific économic coopération). En Avril dernier, sétait tenu le premier grand rassemblement de lan 2000, le sommet euro-africain du Caire qui, sil na pas été loccasion de prendre de grandes décisions, a néanmoins créé une nouvelle perception de la coopération inter-continentale. Léconomie possède le pouvoir de structurer les comportements et de modeler les pensées, et cest en vertu de ce pouvoir que les intérêts des nations peuvent trouver dans linternationalisation des modes de production et des échanges leur juste satisfaction, si elle est couplée à des valeurs universellement admises. Il sagit donc duvrer à promouvoir au cours des prochaines décennies un système de valeurs international fondé sur une répartition proportionnelle des charges et des profits, des devoirs et des droits. Une conscience universelle peut surgir des connaissances nouvelles, des conditions dexistence induites par la planétarisation des enjeux et des périls. Une économie mondialisée requiert des hommes mondialisés, cest à dire des citoyens du monde acquis à lidée dune bonne gouvernance internationale, Ce qui pose le problème de la mondialisation du système déducation, et la nécessaire standardisation des programmes denseignement et de formation. Les valeurs de marché ne sauraient constituer à elles seules les repères de notre temps. Or, que penser quand on apprend quen novembre prochain va se tenir à la Haye une Conférence internationale pour réglementer les émissions de gaz à effet de serre, où il est à craindre que lair ne devienne une valeur marchande, puisquune proposition de lUnion Européenne suggère linstitution dun marché du " droit de polluer " où chaque pays se verrait attribuer un quota de rejet, appelé " permis démission ", quil pourrait vendre sur le marché à un pays plus polluant ? La société civile internationale a fait une entrée remarquée dans la gestion des affaires mondiales à loccasion de la réunion avortée de Seattle, des dernières assemblées du FMI, de la Banque Mondiale et de la Banque Asiatique de Développement, faisant entendre des voix revendiquant implicitement une mondialisation à visage humain, opposant un discours dessence morale aux froids calculs des organisations financières régionales et internationales, et plaidant, somme toute, pour un ordre éthique mondial que seule une ONU reformée pourrait instaurer. Le débat sur la réforme des institutions de Bretton Woods et lintroduction de critères économiques et sociaux dans leurs grilles danalyse est aujourdhui largement ouvert. Comme pourrait être reprise lidée émise par la France il y a quelque temps sur la création dun Conseil de Sécurité économique au niveau de lONU. Si lévolution est luvre de la nature, lHistoire est le résultat des actions de lhomme, de ses décisions, bonnes ou mauvaises. Je vous ai parlé en qualité de président de lOrganisation de lUnité Africaine, et à quelques jours de la fin dun mandat que jai consacré au retour de la paix et de la concorde à lintérieur des nations africaines et entre elles. Jai laissé parler mes profondes convictions et ma foi absolue en un monde capable, pour peu quil prenne une juste orientation et de bonnes décisions, dinstaurer la paix universelle et légalité des chances entre les hommes et les peuples. Il nest pas facile de changer le cours des choses, ni de réaliser en quelques décennies ce a quoi lHistoire, à travers ses méandres, nous invite depuis des millénaires. Jai tout simplement voulu dire : gardons le cap, continuons de cheminer dans la direction indiquée par les grandes religions et les sages de tous les temps, celle du BIEN, du bien de tous les hommes, de tout homme et de tout lHomme. |