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Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs
Mesdames, Messieurs,
Je suis honoré de présider cette rencontre sur la question importante des migrations. C’est un grand succès que d’avoir rassemblé autant de participants. Je tiens à vous souhaiter à tous une chaleureuse bienvenue et à adresser au nom de vous tous nos sincères remerciements à l’Union africaine et en particulier à l’Ambassadeur Masri qui a si bien organisé cette réunion.
Votre présence ici atteste de l’importance toute particulière qu’accordent nos Etats à la question de la migration qui est aujourd’hui un point essentiel de l’ordre du jour de la communauté internationale.
Les mouvements migratoires ont existé de tous les temps. Ceci dit, le nombre de migrants internationaux n'a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui, avec 240 millions de personnes vivant en dehors des pays de leur naissance, selon les Nations unies.
Les considérations économiques, les catastrophes naturelles, le changement climatique et les conflits armés sont des sources croissantes de flux migratoires.
Cette mobilité peut être bénéfique lorsqu'elle est bien gérée. En effet, la migration mondiale contribue au développement humain dans les pays d'origine notamment à travers les transferts en retour d'argent, d’idées et de technologies des pays de destination. Dans ces derniers également, les migrants répondent aux besoins du marché du travail et participent à la création de richesses.
A l'heure de la mondialisation, les flux migratoires représentent cependant un défi sérieux pour les États, qui doivent tout autant gérer leurs effets positifs que circonscrire leurs aspects négatifs.
Toutes les parties du monde sont touchées par les phénomènes migratoires. Le continent africain, qui compte la majorité des Pays les Moins Avancés, l’est plus que les autres. Sa population est la plus mobile au monde. Le dernier sommet extraordinaire de l’Union africaine de Kampala sur les réfugiés, les rapatriés et les personnes déplacées internes en Afrique a tiré les conséquences de cette mobilité sur les plus vulnérable parmi les migrants du Continent.
En direction des autres régions du monde, en particulier l’Europe, les migrations africaines sont en constante progression. Elles demeurent cependant relativement limitées par rapport aux migrations intra-africaines. Les unes et les autres sont motivées principalement par des considérations économiques.
Elles concernent d’abord des personnes disposant d’une qualification professionnelle, y compris les diplômés universitaires, et sont influencées par des politiques sélectives d’admission des migrants prônées par un nombre croissant de pays développés. L’hémorragie migratoire d’Africains qualifiés touche tous les secteurs sans exception. Pour y remédier, il nous faut rechercher constamment les meilleurs moyens de mobiliser les apports des communautés émigrées en matière de savoir-faire, d’expérience professionnelle et d’investissement et de protéger de la manipulation l’épargne transférée par les migrants vers leurs pays d’origine.
La migration illégale est une autre source de préoccupation pour nos pays et pour le continent africain dans son ensemble. Le nombre des migrants illégaux est en progression constante à l’intérieur du continent, comme vers l’Europe et vers d’autres destinations. Il y a lieu de garder à l’esprit que les migrants illégaux sont, dans leur écrasante majorité, des personnes ordinaires qui sont à la recherche, avant tout, d’opportunités économiques. Leur vulnérabilité est souvent exploitée par des réseaux maffieux et leurs rangs grossissent aussi du fait des politiques restrictives menées par bon nombre de pays développés.
Il y a lieu d’endiguer autant que faire se peut ce phénomène. Nos pays se doivent de promouvoir la mise en place, à cette fin, d’instruments de coopération bilatérale et régionale efficaces, fondés sur le respect des droits de l’homme et de la dignité des migrants.
Il est tout aussi important que l’encadrement de ce phénomène soit assurée conformément aux normes universellement admises en la matière. Cela nous amène à évoquer la situation des travailleurs migrants légalement établis dans les pays développés. La convention internationale sur la protection des travailleurs migrants et des membres de leurs familles représente une avancée dans l’œuvre internationale commune de reconnaissance de l’apport des migrants au bien-être des sociétés d’accueil. Cependant, les principaux pays de destination de nos migrants n’ont pas jugé utile de ratifier cet instrument international de protection des droits de l’homme et aucune pression significative n’a été exercée pour les amener à reconsidérer leur position à cet effet.
Le lien entre migration et croissance économique n’est plus à prouver. Le Forum mondial sur la migration et le développement dont une édition vient de se tenir à Athènes l’a réaffirmé.
La décision de l’Afrique de se doter d’une « Position commune sur la migration et le développement » lors du Sommet de l’Union Africaine de Banjul de juin 2006 a joué un rôle précurseur à cet égard. L’adoption de cette position, après avoir été définie par une réunion d’experts de l’Union Africaine en avril 2006 à Alger, rejette les démarches de coopération dans la répression du phénomène entre pays d’origine, de transit et de destination. Elle affirme la volonté de notre continent d’être un partenaire actif dans le dialogue global sur la migration et le développement et non un simple gendarme pour inverser manu militari les flux de l’immigration irrégulière pour le compte de pays de destination outre-méditerranée.
Nous suivons avec grand intérêt l’évolution du dialogue de l’Afrique avec le partenaire européen autour de la question de la migration, dont l’importance pour les deux ensembles mérite d’être soulignée.
Lors du 2ème Sommet UE-Afrique de Lisbonne en décembre 2007, les deux continents se sont engagés à bâtir un nouveau partenariat politique stratégique dans divers domaines prioritaires dont celui de la migration.
Sur ce registre, il importe de concrétiser le partenariat Afrique-UE sur les migrations, la mobilité et l'emploi à travers la mise en œuvre, comme convenu, de la Déclaration de la Conférence de Tripoli sur les migrations et le développement de juin 2006, du plan d'action UE-Afrique contre la traite des êtres humains et de la Déclaration et du plan d'action de Ouagadougou de 2004 sur l'emploi et la réduction de la pauvreté en Afrique.
Il est important que la 13ème troïka ministérielle UA / UE tenue le 14 octobre dernier à Addis – Abeba ait permis de réaffirmer la nécessité de redoubler d'efforts pour faire face au changement climatique, lequel affecte particulièrement l'Afrique et y accentue le phénomène migratoire. Toute initiative de nature à renforcer la « Position commune africaine » adoptée en prévision des prochaines négociations sur le changement climatique à Copenhague en décembre 2009 serait bénéfique dans le contexte de la problématique migratoire.
Nous avons enregistré avec intérêt que l’Union africaine et l'Union européenne ont convenu de travailler ensemble dans le cadre des efforts régionaux pour la paix sur le continent à l’occasion de la deuxième réunion conjointe consultative entre le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine et la Commission pour la sécurité politique de l'Union européenne à Addis-Abeba en octobre dernier. Le partenariat dans ce domaine devra permettre un renforcement des capacités de l’Union africaine dans le domaine vital de la gestion et de la résolution des crises et conflits, qui demeurent une cause principale du déplacement de population.
Nos pays dans leur écrasante majorité sont aujourd’hui des pays soit d’origine soit de transit ou de destination de migrations quand ils ne sont pas les trois à la fois. Ils sont confrontés ainsi directement aux multiples défis humains, économiques, sociaux et sécuritaires engendrés par ces situations.
Il nous appartient donc au niveau de notre Continent de gérer de manière concertée, organisée et plus efficace les phénomènes migratoires qui nous touchent.
Notre rencontre, aux thèmes judicieusement choisis, participe de cette démarche et du souci de nos pays de répondre de manière concertée à ce besoin.
Elle est particulièrement opportune pour les Missions permanentes à Genève dans la mesure où elle intervient à quelques jours de la tenue de la session du Conseil de l’OIM, cette organisation dont l’action dans le domaine de la gestion des problèmes migratoires peut contribuer à la réussite des efforts de nos pays en la matière. C’estle lieu de saluer la présence parmi nous aujourd’hui de M. William Lacy Swing.
Tout au long de la journée, nous aurons à débattre de la problématique de la migration sous des angles aussi variés que ceux du partenariat stratégique entre l’Afrique et l’Europe, des expériences et perspectives nationales, du caractère transversal de la migration avec les défis qui se posent pour les agences spécialisées. Nous auront à débattre à ce titre de l’action du Groupe africain en termes de dialogue et de partenariat dans le domaine des migrations.
Je suis convaincu que, grâce à la contribution précieuse de chacun d’entre vous, nos pays parviendront à travailler encore plus solidairement et efficacement à une prise en charge constructive des ramifications du phénomène migratoire.
Je souhaite plein succès à nos travaux et vous remercie de votre aimable attention.
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